En 2024, les taux des crédits à la consommation n’ont pratiquement pas bougé. Là où le crédit immobilier captait l’attention avec une baisse progressive sous la barre des 4 %, le segment du prêt conso est resté dans une fourchette étroite, sans réelle inflexion. Cette stabilité masque des dynamiques moins visibles : une contraction durable de la demande et les premiers signes d’un retournement apparu début 2026.
Crédit à la consommation et crédit immobilier : deux trajectoires qui divergent en 2024
Le fait marquant de l’année 2024 tient à la divergence entre les deux grands types de crédit aux particuliers. Selon la Banque de France, le taux moyen des nouveaux crédits à l’habitat (hors renégociations) a reculé de 17 points de base en mars 2024, passant de 4,11 % à 3,94 %, poursuivant un repli entamé dès février.
Du côté du crédit conso, rien de comparable. Le taux de croissance annuel des crédits à la consommation a légèrement reculé à 1,5 % en mars 2024 (après 1,7 % en février), avec une production maintenue un peu en dessous de 6 milliards d’euros. Les taux pratiqués par les banques sur les prêts personnels sont restés dans une bande étroite, sans mouvement directionnel clair.
Cette divergence s’explique en partie par la nature des financements. Le crédit immobilier, indexé sur des taux longs en recul, a bénéficié mécaniquement de la détente obligataire. Le crédit à la consommation, dont la durée de remboursement est plus courte, réagit davantage aux taux directeurs de la BCE et aux politiques de marge des établissements prêteurs.

Taux de détention de crédit par les ménages : un recul qui s’inscrit dans la durée
La stabilité des taux en 2024 ne dit rien du volume réel. Et sur ce terrain, la tendance est nette : le taux de détention de crédits par les ménages poursuit un recul engagé depuis plusieurs années.
Cette érosion n’est pas un accident conjoncturel. Elle reflète un changement de comportement durable, alimenté par l’inflation passée, la prudence face à l’instabilité économique, et un recalibrage des projets de consommation. Les données disponibles ne permettent pas de déterminer quelle part relève d’un renoncement volontaire et quelle part traduit un accès plus difficile au crédit.
Taux d’usure et marges bancaires : ce que la stabilité du taux conso cache
Quand un taux de crédit à la consommation reste stable pendant plusieurs trimestres, la question à poser est simple : est-ce parce que le coût de refinancement des banques n’a pas bougé, ou parce que les marges se sont ajustées ?
Le taux d’usure, plafond légal au-delà duquel un prêt ne peut être consenti, constitue un cadre contraignant. Pour le crédit conso, ce seuil a été révisé trimestriellement. Son niveau en 2024 a laissé une marge de manoeuvre suffisante aux établissements pour maintenir des offres compétitives sans comprimer excessivement leurs marges.
En revanche, la publication de l’IEDOM de juillet 2026 signale une hausse significative des taux moyens des prêts personnels au premier trimestre 2026, de l’ordre de plusieurs dizaines de points de base. Cette remontée concerne aussi les découverts bancaires, alors que les taux immobiliers, eux, poursuivent leur repli.
Ce retournement suggère que la stabilité observée en 2024 correspondait à un point bas du cycle. Les banques, confrontées à des coûts de ressources en hausse et à une sinistralité qui ne baisse plus, ont commencé à répercuter ces tensions sur le crédit conso dès début 2026.
Ce que cela change pour les emprunteurs
Un ménage qui aurait souscrit un prêt personnel fin 2024 a probablement bénéficié de conditions plus favorables qu’un emprunteur de début 2026. L’écart, même s’il se compte en dizaines de points de base, peut représenter plusieurs centaines d’euros sur la durée totale de remboursement d’un crédit sur 48 ou 60 mois.

Rebond des intentions de crédit conso pour 2025 : signal ou faux départ ?
Plusieurs indicateurs laissaient entrevoir un léger rebond des intentions de souscrire un nouveau crédit pour 2025. Ce signal positif reste à relativiser.
Les intentions déclarées ne se traduisent pas mécaniquement en souscriptions effectives. Plusieurs facteurs peuvent freiner le passage à l’acte :
- La remontée des taux du crédit conso constatée début 2026 renchérit le coût des projets
- Le marché automobile, premier poste de crédit affecté, reste marqué par des prix élevés sur le neuf comme sur l’occasion
- La prudence structurelle des ménages français, mesurée depuis plusieurs années par le recul continu du taux de détention, ne s’efface pas en un trimestre
Les retours terrain divergent sur ce point. Certains courtiers en ligne rapportent une hausse des simulations de prêt personnel, tandis que les encours globaux de crédit conso n’affichent pas encore de reprise franche.
La trajectoire des prochains trimestres dépendra largement de l’évolution des taux directeurs de la BCE, de la politique commerciale des banques sur le segment conso, et de la confiance des ménages face à un contexte économique qui reste incertain. La stabilité de 2024 aura été une parenthèse, pas un palier durable.

